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En Tunisie, les pervers narcissiques font parler d'eux, avis d'une spécialiste

En Tunisie, les pervers narcissiques font parler d'eux, avis d'une spécialiste
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Les pervers narcissiques, tout le monde en parle récemment. Une expression fourre-tout, chargée de plusieurs connotions, selon les expériences, plus ou moins douloureuses, des-uns et des autres, avec ce type de personnages ou les types qui s'y apparentent.

Les deux témoignages ci-dessous sont des exemples de relations toxiques. Ramzi (pseudonyme), la quarantaine et Salma (pseudonyme), 29 ans aujourd'hui, se sont livrés au HuffPost Tunisie.

Au-delà des clichés répandus, qui sont vraiment ces pervers narcissiques? Comment les reconnaitre? Le HuffPost Tunisie a contacté la psychologue clinicienne Emira Ben Slama Chérif pour en savoir davantage.

"Elle a sucé toute mon énergie"

"On parle tout le temps de pervers narcissique, mais très rarement de la version féminine. Mon ex femme l’est.
On ne s’est pas marié par amour, c’est une cousine éloignée, mon père était malade et il avait insisté, il voulait me voir marié avant de fermer les paupières une dernière fois.
J’ai accepté ce sort.
C’est une femme intelligente, active et au tout début, elle était attentionnée, j’étais séduit et me suis dit que j’avais fait le bon choix finalement.
Puis, petit à petit, les problèmes ont commencé. Elle voulait contrôler mes moindres faits et gestes. Toutes nos soirées finissaient en dispute.
Mais j’ai essayé d’être patient. Pendant un an, j’ai dû subir ses critiques incessantes, souvent blessantes, surtout qu’on voulait avoir un bébé, mais qu’on n'y arrivait pas. Ses frustrations n’ont fait que s’amplifier.
Les fois où j’ai parlé de divorce, elle jouait les victimes et se transformait en femme parfaite.
Elle me manipulait et j'en étais conscient, alors j'ai décidé d'en finir.
Je lui ai fais comprendre que c’était devenu invivable et qu’il n'y avait aucune chance que je reste avec elle.
Elle a alors changé de stratégie, et pendant plus d’un an, elle me disait qu’elle était d’accord avec ma décision, mais qu’on devait attendre un peu, car, par exemple, elle avait déjà assez de problèmes au boulot, et que ça allait la perturber encore plus.








Le besoin que je ressentais de partir était très fort, mais je n’osais pas la laisser tomber, elle, dépressive, si je la laissais, j’allais le regretter. J’ai même pensé qu’elle pourrait se suicider, tellement je culpabilisais.
J’avoue que j’avais commencé à chercher ailleurs, chercher le réconfort surtout. Et finalement, j’ai compris que je devais prendre une décision ferme. Je succombais moi-même à la dépression. Trop c’est trop!
Alors j’ai fini par la quitter, très difficilement, non sans crises, non sans insultes… Il lui a fallu des mois pour qu’elle se calme et accepte.

Maintenant, après plus de deux ans, les relations stables sont devenues inenvisageables à mes yeux. Quand je rencontre une femme, il y a toujours ce grain de folie qui me rappelle mon ex, ça me fait fuir, même si je sais qu’au fond, elle n’a rien à voir avec cette pathologie. Mais voilà, j’en ai eu assez et ça va être dur de retrouver le moi d’avant. Elle a sucé toute mon énergie."

"Mon coeur se serrait, ma bouche se fermait."

"On était amis d’abord, ou du moins, on appartenait au même groupe d’amis… On fréquentait alors les mêmes endroits et on a commencé à se rapprocher l'un de l'autre.
Ensuite, nos conversations sont devenues plus palpitantes, il y avait de la séduction dans l’air, il me plaisait bien.
J’ai vite succombé à son charme,; il me faisait rire, on avait des conversations intéressantes, c’est un grand rêveur qui partageait toutes ses belles pensées avec moi.

Nous nous sommes mis ensemble, sans pour autant parler de projets d’avenir, car, lui, pensait à partir continuer ses études à l’étranger, moi je ne savais pas trop où j’en étais dans ma vie, c’était le seul point où on n’était pas sur la même longueur d’onde.

Environ 3 mois après, j’ai commencé à découvrir son autre visage, quand on sortait avec nos amis, ou bien il me laissait à côté, ou sinon, il n’arrêtait pas de me critiquer devant tout le monde. J’étais tellement déstabilisée, car il savait mettre le doigt sur la plaie... Mon coeur se serrait, ma bouche se fermait.

Je connaissais assez de choses sur lui pour pouvoir le critiquer à mon tour, mais je ne voulais pas entrer dans son jeu, je ne voulais pas le blesser.
Quand, au début, je lui en parlais, il trouvait toujours les bonnes réponses, je perdais mes mots, je perdais mon bon sens, je me disais que ça allait s’arrêter, puis j'ai baissé les bras…
Je ne sais même pas si j’étais vraiment amoureuse, j’étais surtout très malheureuse, mais il me retenait à lui, je ne sais comment, car je n’aimais pas me voir comme ça, je n’aimais pas celle que j’étais devenue.
Je n’arrivais pas à le quitter, pourtant il pesait lourdement sur moi. Il m’avait enlevé toute ma joie de vivre, toute ma confiance en moi. Mes vêtements, mes cheveux, mes paroles, mes décisions… il critiquait absolument tout!


Bref, on est resté un an et demi ensemble, j’étais comme ensorcelée, prisonnière, je l’ai soutenu dans tout ce qu’il faisait, et il ne faisait que m’humilier.
Le jour où il m’a annoncé qu’il allait partir et qu’il avait réglé tous ses papiers, j’étais enfin soulagée, j’allais me libérer de son emprise… Je n’ai pas versé une seule larme… J’étais incroyablement contente. Il pensait qu'on allait rester en contact, que j'allais le rejoindre, mais j'ai peu à peu réduit le contact avec lui.

Au début j'étais abattue, puis j'ai repris un rythme normal, j'ai recommencé à sortir et voir du monde, je pensais avoir dépassé mes frustrations, mais non, en effet, j'avais perdu toute confiance en moi.

Quelques mois après, j’ai rencontré quelqu’un. Au début, je lui ai fait vivre l'enfer. A la moindre remarque de sa part, je l’attaquais, puis j'allais m'excuser, car j’essayais juste de me protéger: jje ne voulais plus me laisser faire.
Grâce à lui, je commence à reprendre confiance en moi, à redevenir celle que j'étais avant."

Scientifiquement parlant

Contactée par le HuffPost Tunisie, la psychologue clinicienne Emira Ben Slama Chérif exlique: "Scientifiquement parlant, il existe trente caractéristiques de pervers narcissiques, dont quatorze importantes et environ quatre qui sont les plus flagrantes.

Pour résumer, le pervers narcissique est quelqu'un qui te fait culpabiliser au nom de l'amitié, de la famille... Il reporte ses responsabilités sur les autres, ainsi, il n'est jamais responsable.
C'est une personne qui ne communique pas clairement, surfant sur les flous, les sous-entendus, par exemple, il ne te dit pas explicitement qu'il veut te rencontrer en tête à tête, mais dès que tu lui dis que tu vas le rencontrer avec une amie, il se fiche ou annule et il te reproche le fait que tu n'as pas deviné son envie. C'est ainsi qu'il fait culpabiliser sa victime.
Mais si tu lui demandes une chose, il ne répond pas clairement non plus. Il change de comportement, tantôt aimable et intentionné, tantôt totalement le contraire".

Selon la spécialiste, les victimes des pervers narcissiques sont souvent intelligentes. Elles s'efforcent, s'épuisent à être parfaites, à la hauteur de ses attentes, d'où le piège.

La perversion narcissique elle-un trait de caractère ou une maladie mentale?
"Le pervers narcissique est un personnage pathogène, qui est en apparence normal, gentil et très sollicité souvent mais qui porte les traits des personnalités pathologiques".

La spécialiste synthétise en avançant que les origines de cette maladie mentale sont à chercher dans l'enfance du pervers narcissique: "Sans entrer trop dans des détails scientifiques, on peut déceler grosso modo deux origines opposées: soit cette personne a été trop dorlotée lors de son enfance, soit, au contraire, mal traitée".

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