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Marocains de Daech: Le grand retour

Marocains de Daech: Le grand retour
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Utilisés comme bombes humaines sur les fronts et démoralisés par la mort de plusieurs d’entre eux, les combattants marocains désertent en masse les rangs de l’État islamique. Retour sur les raisons de ces défections et le risque qu’elles représentent pour le Maroc.

Entre le lancement de la bataille de libération de Mossoul — menée par l’armée irakienne et ses alliés (Peshmergas kurdes, milices chiites), soutenus par la coalition internationale —, et les rapports sur les multiples fuites et défections des combattants, l’avenir de l’État islamique est de plus en plus incertain. Le ton du dernier discours en date d’Abou Bakr Al Baghdadi, diffusé le 2 novembre, laisse en effet transparaître quelques doutes. Le chef de l’organisation jihadiste a doublement rappelé ses combattants à leur devoir d’obéissance, confirmant ainsi les rumeurs sur les guerres intestines entre les membres de Daech. D’après des sources jihadistes, plusieurs leaders, dont des responsables militaires et administratifs, auraient été suspendus dernièrement. Un nouveau rapport du Counter Terrorist Center (CTC), publié le 11 novembre, a révélé que 60% des combattants étrangers ayant rejoint les rangs de l’État islamique en 2012 ont déserté leurs positions pour retourner à leurs pays d’origine. Ce rapport, qui s’est basé sur une analyse des fiches et des portraits des combattants étrangers, n’exclut pas les Marocains de ce constat. Cette situation de crise au sein du califat laisse présager un retour en masse des jihadistes marocains et remet au goût du jour l’inquiétude quant au risque sécuritaire.

La mort ou l’agonie

Sur les 3000 Marocains à avoir prêté allégeance à Abou Bakr Al Baghdadi, seulement 500 sont encore en vie et actifs sur les fronts, et un bon nombre d’entre eux souhaitent rentrer au Maroc. Cette information nous a été confirmée par un proche d’un combattant à Alep originaire de Fnideq. “[Mon proche] m’a affrimé qu’il y a des défections au sein de Daech et que certains émirs n’obéissent plus aux ordres de l’autorité suprême. En plus, les combattants marocains les plus connus sont tous morts”, a confié notre source sous couvert d’anonymat. Il ne s’agit pas d’une première dans l’histoire courte de l’État islamique. Les rangs de l’organisation terroriste ont connu leur première hémorragie en 2014 quand, traumatisés par la violence des champs de bataille, plusieurs jeunes combattants ont décidé de rentrer. “Ils ont compris que le califat fascinant, le même que leur vendait la machine de propagande de l’organisation, n’était finalement qu’une illusion. L’expérience était un échec pour eux”, explique Mohamed Masbah, spécialiste des organisations jihadistes au centre Chatham House.

Ceux qui sont restés après cette vague de désertions ont enduré des moments difficiles. “Les combattants marocains sont souvent marginalisés et exclus des postes importants, et ne bénéficient pas des mêmes avantages que leurs homologues irakiens et syriens”, souligne le chercheur. En effet, les militants marocains sont relégués au rang d’inghimassiyine, mi-kamikazes mi-fantassins, qui infiltrent les troupes ennemies et se font exploser, en cas de besoin, pour faciliter la victoire à l’armée d’Al Baghdadi. Mohamed Benaïssa, le directeur de l’Observatoire du nord des droits de l’homme, pense qu’on assiste, à l’heure actuelle, au début de la fin de l’approvisionnement de l’État islamique en combattants marocains : “Leur retour dépendra de leur survie après les derniers combats que mène l’organisation sur plusieurs fronts et de leur capacité à désobéir à Al Baghdadi. Ce dernier leur a clairement dit qu’ils n’ont que deux choix : la mort ou la mort”.

Bombes à retardement

D’après le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), jusqu’au mois d’octobre, 198 déserteurs marocains sont rentrés au bercail. Ce chiffre est contesté par le Comité mixte de défense des détenus, arguant qu’il ne prend pas en compte les femmes et les enfants des revenants, qui ne sont généralement pas arrêtés à leur retour. Soit. Tous ces déserteurs ne sont pas dangereux. Le plus inquiétant, selon un nombre d’experts, serait le retour des combattants qui sont passés par la case prison pour terrorisme avant de rejoindre la Syrie et l’Irak. “Cette catégorie est la plus préoccupante. Ils n’ont pas découvert le radicalisme avec l’avènement de l’État islamique, leurs idées extrémistes étaient déjà bien implantées, et répondre à l’appel au jihad est, pour eux, juste une façon de les réaffirmer. Ils sont tellement radicalisés qu’ils considèrent l’idéologie d’Al Qaïda comme dépassée”, indique Mohamed Masbah, qui n’exclut pas l’éventualité que cette frange, une fois libérée, ait des intentions de commettre des actes terroristes sur le territoire national. “Cela dit, je pense que la majorité d’entre eux préfère mourir là-bas comme ‘martyrs’, ou d’essayer de rejoindre la Libye, plutôt que de prendre le risque d’être capturés dès leur arrivée, vu la rigueur des mesures sécuritaires entreprises par les autorités marocaines”, tempère-t-il.

L’importation du chaos

Le Comité de défense des détenus islamiques a recensé environ 50 cas de libération d’ex-combattants après un ou deux ans passés derrière les barreaux. Quant à leur dangerosité potentielle, l’affaire de la cellule démantelée à Oujda et Tanger par le BCIJ, le 11 novembre, fait office de cas d’école. L’un des membres de cette cellule terroriste est connu pour avoir combattu dans la zone de conflit syro-irakienne. Selon les éléments de l’enquête, il se serait associé avec un autre individu, qui était en contact avec des groupuscules extrémistes à l’étranger, et deux autres personnes liées à des narcotrafiquants. Avant son démantèlement, les membres de cette cellule avaient kidnappé et séquestré une personne dans une maison à Tanger, et prévoyaient de vendre sa voiture à Oujda dans le but de financer des projets terroristes. Hamza Ouahabi, le chef de la cellule démantelée le 10 février, qui était active à Tétouan, Martil, Agouray et Meknès, a passé deux ans en prison après avoir combattu en Syrie.

“Si après deux ans ou quatre ans de prison ils reviennent encore avec des projets terroristes, c’est qu’il faut recourir à une approche alternative contenant un projet de réinsertion dans la société. Cet effort est nécessaire pour donner le bon exemple à ceux qui veulent rentrer”, conclut Mohamed Masbah. La prison seule ne peut préserver le royaume du danger jihadiste, car un ex-combattant puni n’est pas forcément repenti.

Par Imad Stitou

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