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Trois expositions mettent le dessin à l’honneur à Marrakech

Trois expositions mettent le dessin à l’honneur à Marrakech
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Le Comptoir des Mines consacre le dessin, sous toutes ses formes, dans trois expositions qui permettent de mesurer la créativité des artistes marocains d’aujourd’hui.

Par Olivier Rachet

Un jeu d’enfant. Telle serait peut-être la première idée qui viendrait à l’esprit d’un spectateur auquel on parlerait de dessin. Les enfants apprennent à se représenter le monde, en dessinant. Les plus grands peintres sont le plus souvent d’excellents dessinateurs. Rien de plus difficile que l’art du trait, le croquis, la signature du geste même sur la toile.

L’enfance, il en est question dans la première exposition consacrée à la jeune artiste originaire d’El Hoceima, Mariam Abouzid Souali. Le motif du jeu devient ici le sujet principal. On voit de jeunes filles sauter à l’élastique, des enfants jouer à saute-mouton, au cheval, à la brouette ou à la marelle. Les personnages donnent parfois l’impression d’enjamber les espaces urbains eux-mêmes que l’artiste arrive à croquer, en des perspectives souvent étonnantes. Ces jeux aux règles fixes renvoient peut-être, comme le souligne la dessinatrice dans le catalogue, aux lois structurant les sociétés humaines, qu’il serait alors de bon ton de relativiser parfois.

Mais il ressort de ces savantes esquisses une sensation de fuite en avant que vient souligner le titre souvent donné de «clinamen ».Désignant dans la physique épicurienne la déclivité des atomesmoteurs du mouvement, le clinamen devient ici la métaphore de l’enfance dont les lignes de fuite se perdent dans la mémoire aussi bien individuelle que collective. Que reste-t- il de nos jeux d’enfant, en somme ?

Nos héros, nos anti-héros 

De l’enfance, il nous reste encore des héros. Tel est l’objet de la deuxième exposition, collective celle-ci, présentée au Comptoir des Mines. Douze artistes, et non des moindres, parmi lesquels on a plaisir à retrouver Rita Alaoui, Mo Baala, Mohamed Said Chaer, Simohammed Fettaka ou Anuar Khalifi, sortent leurs feutres, leur fusain, leur marqueur et leurs paires de ciseaux pour célébrer, non sans humour, ces héros devenus des mythes et ces anti-héros élevés, pour des raisons parfois incompréhensibles, au rang de super-héros.

Le crayon acerbe de Mohamed Said Chaer met en boîte la figure de Superman alors qu’Anuar Khalifi imagine un Spiderman sniffant de la cocaïne pour rester sans doute à la hauteur de la mythologie ! Les dessins de cet ancien D.J ayant créé sa propre ligne de vêtements tournent en dérision la fabrication d’une iconographie devenue planétaire, dont s’enorgueillissent souvent les djihadistes dont l’artiste moque l’attrait pour la modernité publicitaire. Que l’idéologie des terroristes puisse se réduire aussi à une immense campagne de pub n’est pas le moindre paradoxe d’une époque ayant accompli le prodige de banaliser à la fois les images tout en les dotant d’une forte charge de sacralité. Il fallait le faire !

L’approche du dessin peut revêtir aussi des formes plus spirituelles lorsque M’Barek Bouhchichi rend hommage au poète amazigh M’barek Ben Zida ou lorsque Rita Alaoui imagine l’un des maîtres du yoga, Pattabhi-Jois, léviter au-dessus d’un arbre. En utilisant de la rouille récoltée sur des chantiers, l’artiste Said Rais poursuit sa réflexion sur le monde du travail et met au-devant de la scène ces héros anonymes que sont les simples artisans sans lesquels notre existence serait bien plus morose.

De l’enfance, Mo Baala a, de son côté, gardé toute la créativité et l’audace. En s’inspirant du chef-d’œuvre de la littérature pour enfants, Le Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry, l’artiste laisse libre cours à sa fantaisie qui s’incarne dans des personnages plus fabuleux les uns que les autres. On songe souvent aux dessins du poète Henri Michaux, qui lui aussi exorcisait ses pires cauchemars en inventant de minuscules figures en mouvement.

Soldats de plomb 

La troisième exposition, abritée par le hangar qui jouxte le bâtiment principal, met à l’honneur le jeune artiste, diplômé de l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan, Abdelaziz Zerrou. Á l’aide d’encre de chine et de poudre noire que l’artiste fait exploser sur le papier, celui-revisite l’iconographie coloniale, rendue célèbre par des gravures ou des photographies. Les motifs sont très connus :de cet homme évaluant la dentition d’un esclave, au marché aux esclaves ; du portrait en pied du célèbre ambassadeur du Maroc en France, Abdallah Ben Aïcha, en passant par des représentations de l’armée coloniale.

Á cette iconographie devenue parfois stéréotypée, l’artiste confronte, en les détournant parfois, des images issues de légendes ou de mythologies occidentales. Les figures du centaure, du griffon ou du dieu grec Pan avoisinent avec des images de guerre civile et de résistance. Le propos devient plus combatif quand il s’agit de détourner le motif du martyr de Saint Sébastien en remplaçant les flèches par les armes utilisées par les colons. Il est des blessures qui ont du mal à cicatriser. L’Histoire des peuples en regorge, les enfants l’apprennent souvent à leur dépens.Expositions Abdelaziz Zerrou, Mariam Abouzid Souali.

Exposition collective « Héros, Anti-Héros – Personnages extraordinaires ». Comptoir des Mines de Marrakech, angle rue de la Liberté et rue de Yougoslavie, Guéliz, jusqu’au 11 juillet 2017.

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